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Bibliothèques de Bourges

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Titre : 
Bonheur fantôme / Anne Percin
Auteur : 
Editeur : 
Rodez, Rouergue, impr. 2009.
Description : 
1 vol. (219 p.) : couv. ill. en coul. ; 21 cm
Collection : 
Notes : 
Club-lecture 2009 de la médiathèque
Résumé : 
A 28 ans, Pierre a quitté Paris pour s'installer dans la Sarthe. Il vit de quelques brocantes, travaille une biographie de Rosa Bonheur, une peintre spécialiste des vaches du XIXe siècle. Un temps mannequin, ancien étudiant en philosophie et homosexuel, il se demande pourquoi il s'est mis ainsi en retrait du monde et commence une enquête intérieure. Premier roman.
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Avis des bibliothécaires


Le 05/03/2010 à 15:27, par  IR : Bonheur fantôme

Eloge du contraste, du paradoxe qui définissent bien la personnalité de Pierre, le protagoniste. Intellectuel au grand cœur, amoureux de la nature, solitaire mais pas ours, on prend dès le départ plaisir à le suivre dans son univers. Mais pourquoi ces doutes, cette peur qui le hantent, cette fuite en avant/en arrière ? Loin de l’agitation de la vie parisienne, Pierre décide le retrait... dans la Sarthe. Un dépouillement d’abord hésitant, maladroit, mais vécu comme une nécessité, pour affronter les fantômes d’un bonheur enfoui, redouté. L’art d’Anne Percin est de nous emmener sur ce territoire par des chemins détournés. Digressions souvent drôles et vibrantes. S’il ne privilégie pas les scènes d’action, le récit n’en demeure pas moins habité d’une vie ardente, sourde mais de moins en moins contenue. Une vie qui va, palpitant et que Pierre va parvenir à saisir. Sans effroi.

Avis des lecteurs


Note moyenne 3/5 (3 avis posté(s))   

Le 26/04/2010 à 16:02, par  HeloiseA  


Pierre, presque trentenaire, vit à Paris et travaille dans le domaine de la mode. Il décide un jour de s'installer à la campagne, et abandonne tout : son travail, ses amis. L'ouvrage est la chronique de ce changement qui prend parfois des allures de fuite en avant. Il se consacre à l'écriture, une biographie d'une artiste extravagante du XIX° siècle, Rosa Bonheur. Et ouvre une boutique d'antiquité tout en écumant les marchés de la région de la Flèche (en Sarthe). Sans le sous, entre errance matérielle et intellectuelle, il se lie d'amitié avec quelques personnes à proximité : sa voisine, un restaurateur..


Un livre que j'ai lu sans plaisir, où l'histoire ne m'a pas captivée du tout. En dépit des descriptions fouillées, rien dans les personnages ne m'a enthousiasmé. Le rythme lent (pour illuster la vie de Pierre à la campagne) contribue à anesthésier ce qu'il reste d'interêt du lecteur.

Le 31/01/2010 à 18:52, par  Jdhelene  


« Chacun a ses fantômes. Plus ou moins gênants, plus ou moins envahissants, plus ou moins agréables à croiser. Je suis loin d'être le seul, chacun cache le sien qui finit par se trahir si on y regarde bien. » (p.176).


Parfois lors d'une lecture, sans que l'on sache vraiment pourquoi, une alchimie parfaite se forme entre le texte et le lecteur. J'ai aimé plus que tout cette lecture, j'ai eu envie de la faire durer, j'ai envie de la prolonger, en retrouvant le personnage (10 ans plus jeune) dans un roman précédent, Point de côté, chez Thierry Magnier en 2006. Bonheur fantôme est le premier roman d'Anne Percin en littérature générale mais elle a déjà publié quelques livres en jeunesse.
Pierre, 28 ans, quitte tout sur un coup de tête, son job, ses amis, son amour, Paris, pour aller s'enterrer au fin fond de la Sarthe, dans une vieille maison achetée une bouchée de pain en bord de route, quelque part du côté de la Flèche. L'auteur a beau dire dans une interview ne pas connaître la Sarthe, elle la décrit très bien, cette campagne où je vis, et je les visualise bien, ces maisons et ces vieux voisins... Sans doute parce qu'au final la vie rurale est un peu partout la même ?
Pierre s'installe et pour tenter de vivre à peu près, fait des brocantes, et sympathise avec le cafetier du coin, et Paulette, sa voisine. Mais Pierre n'oublie pas ses premières amours, la philosophie, la thèse ébauchée sur Simone Weil, et surtout son projet d'écrire la biographie de Rosa Bonheur, artiste peintre du XIXème un brin oubliée, avec qui il se sent des affinités particulières.
Au fil du texte et de la mélancolie (qui n'a pourtant rien de triste, il y a des scènes très drôles : ah le dépeçage du lapin !! inoubliable !), ce sont comme plusieurs petites histoires qui se recoupent pour n'en reconstruire plus qu'une, celle de Pierre, et des siens.
Roman d'amour et d'écriture, profondément ancré dans la vie comme je les aime, Bonheur fantôme est un bijou à garder précieusement, tout en humanité et sensibilité, avec un voile de pudeur qui lui fait honneur.


Mon premier vrai coup de cœur de l'année 2010.


p.134 : « Et comme je ne sais pas encore hurler, je tâche de transformer ce bruit en mots. J'essaie d'écrire, c'est tout ce que j'ai. Mais écrire, ce n'est pas oublier. Écrire ne console pas, écrire ne ment pas. Écrire, c'est vivre, vivre, vivre, c'est exister encore plus, encore plus fort, et la souffrance, loin de s'effondrer, monte en puissance dans les poumons de mots et crie de toutes ses forces. »


p. 158. « Quand je respire à fond, mes narines sont saturées de l'odeur des vieux livres. Je respire le dix-neuvième siècle. J'ai l'impression d'être dans une boule qu'on retourne, où tombe une neige synthétique.
C'est une drôle de bulle, un drôle d'univers. J'ai créé autour de moi un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques. Bien malin qui m'en délogera. Je suis bien parti pour finir vieux garçon, finalement. Ou fou, comme Adèle Hugo. Quand je reconnais chez elle certains symptômes, je referme le livre précipitamment. Imagination délirante, sentimentalisme exacerbé, sensibilité maladive, pressentiment d'une destinée d'exception et, à l'égard du frère ou de la sœur perdus, un mélange oppressant de culpabilité et de rancune... En plus, elle aimait passionnément la musique. Encore une victime du piano. C'est un instrument dangereux, comme un amant terrible. »

Le 26/08/2009 à 20:45, par  Clarabel  


C'est une phrase empruntée à Thoreau, dans Walden, qui dit ceci : Si un homme ne s'accorde pas avec ses semblables, c'est peut-être qu'il entend le son d'un autre tambour. Pierre, le narrateur, n'a pas trente ans et a tout quitté. Paris, son job, son amour. Il s'est enterré dans la Sarthe, a acheté une petite maison et s'est improvisé brocanteur. Il a créé autour de lui « un rempart fait de ruines, avec fortifications littéraires, fondations enfantines, tour de guet philosophique, meurtrières ironiques ». Il écrit également une biographie sur Rosa Bonheur, une peintre française, dont la vie a été éclaboussée de frasques amoureuses et de conduites excentriques.
Tout cela sent la planque à plein nez, et ça ne manque pas, on comprend très vite que l'homme fuit un passé obsédant. On saisit quelques bribes, le frère disparu, alors qu'il n'était qu'un enfant, et aussi l'amant perdu, échappé, égaré... Cette histoire avec R. n'est d'ailleurs pas finie. Elle prend même l'aspect d'une chanson répétitive, une rengaine qui va et qui vient, qui raconte l'histoire d'un amour, avec la rencontre, les bons moments, les passages euphoriques et les instants dégrisants, les coups bas, la lâcheté et la cassure.
Ce n'est pas non plus un hasard si la sérénade de Mouloudji, Fantôme de bonheur, est martelée pour faire comprendre la détresse de Pierre, son chagrin, en plus du reste.
Car c'est lui qui est parti, de son plein gré. Et R. n'est pas facile à oublier, c'est un personnage admirable, très beau, avec beaucoup de charme et de mystère. Si ce n'est pas de l'amour dans ce tas de cendres, dites-moi, ça y ressemble très fort !
« Aimer, c'est sentir vivre en soi quelqu'un qui n'est pas soi. Et si je n'étais parti que pour savoir cela ? (...) La certitude que j'ai d'aimer est le seul bien qui me semble immortel. »


A noter aussi que la vie littéraire du narrateur de Bonheur fantôme a commencé en 2006 avec le roman Point de côté (éditions Thierry Magnier).

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